Basses décisives

Test du Full Bass Bundle d’Ample Sound

Award Innovation 2017
On croyait qu'après l'excellent Modobass d'IK Multimedia la concurrence n'aurait plus grand-chose à ajouter qui fasse avancer le schmilblick de la 4-cordes virtuelle, mais c'était sans compter une sympathique mise à jour d’Ample Sound pour l'ensemble de ses basses logicielles.

Avant même de détailler le contenu de cette dernière, rappelons qu'en marge d'une coquette collection de guitares, l'éditeur propose pour l’heure 6 basses couvrant un large éventail de besoins. En marge des incontournables Jazz Bass et Precision Bass qu’on ne présente plus, on dispose ainsi d'une basse acoustique Guild B-54 CE, d'une contrebasse que nous avions testée, d'une Fodera Yingyang à la sonorité moderne et d'une Musicman Stingray de 5 cordes taillée pour le rock bourrin. Voyez qu'il y a de quoi faire, même si l'on en voudrait forcément toujours plus, notamment dans le registre vintage et typé. Une Hofner ou une Rickenbacker complèteraient ainsi cette collection de manière idéale et on attend surtout que l’éditeur s’intéresse au cas particulier de la fretless. Reconnaissons toutefois qu'il y a déjà de quoi aborder tous les genres musicaux ou presque avec ces six demoiselles, d'autant que par le biais d'extensions, Ample Sound a ajouté le jeu au médiator qui manquait à la Jazz Bass et à la Precision Bass, en attendant que les autres aient peut-être le droit au même traitement.

Ce petit tour de famille effectué, il est temps d’aller tâter de la corde virtuelle, non sans vous avoir préalablement précisé que ces instruments sont disponibles sous Mac et PC comme plug-ins aux formats AU, VST, AAX, RTAS, qu’une version autonome est de la partie et que l’installation se déroule sans accroc pour peu que vous ayez prévu entre 3 et 6 Go de place par instrument.

Sous les cordes, les samples

Ample Sound Ample Bass P II : extensionpick

Toutes les instruments Ample Sound reposent sur le même moteur, la même interface et le même mapping et je vous renvoie donc à notre banc d’essai de la contrebasse ABU pour découvrir tout cela. Lorsqu’on sait se servir d’une de ces basses, on peut donc utiliser n’importe laquelle, avec la certitude de ne pas avoir de surprises avec les programmations MIDI. À bien y regarder toutefois, des différences existent. C’est ainsi que les deux instruments acoustiques proposent des options de mix pour les micros ayant été utilisés pour la prise, tandis que certaines articulations ou types de jeu ne sont pas disponibles sur certains instruments : pas de slap sur la contrebasse (logique), pas de jeu au médiator sur la Yingyang ou la basse acoustique et pas de tapping, de slap ou de jeu au doigt sur la Stingray, C’est sur ce dernier point que je serais le plus dubitatif car non seulement la seule 5 cordes du bundle n’est jouable qu’au médiator mais on pourra regretter de voir la célèbre Stingray réduite à la musique métal. C’est d’autant plus dommage qu’il n’est pas possible de se défaire de ce parti-pris au sein du logiciel, et qu’il constitue pour moi le plus gros défaut de ces instruments.

Ample Sound Ample Bass P II : fxsection

On a certes la main sur les micros pour les instruments acoustiques, mais on ne peut absolument jouer sur le dosage des micros des instruments électriques, ce qui réduit nettement la polyvalence de toutes ces basses. Et ce n’est pas la section d’effets qui changera la donne, sachant que cette dernière est loin d’être irréprochable, proposant parmi quelques effets lambda sans grand intérêt d’un point de vue qualitatif, un EQ bien trop rudimentaire et un overdrive criard qui mange tous les graves lorsqu’on l’active. On sent hélas que cette petite collection de pédales n’a pas fait l’objet de beaucoup de soin et l’on se reportera donc sur des plug-ins externes pour traiter ces basses, et notamment des simulateurs d’ampli à défaut d’en trouver un dans le logiciel.

A ce stade, on pourrait croire le test mal engagé mais j’en ai fini avec les reproches pour me concentrer sur les nombreuses qualités de ces basses à commencer par l’essentiel : le son.

Ainsi son, son, son

indubitablement, les chinois d’Ample Sound savent y faire en termes de sampling car les instruments sont vraiment excellents du point de vue sonore, avec suffisamment de niveaux de vélocité et de samples alternatifs (round robins) pour produire des lignes crédibles. Voyez par vous-même, ce qui vous donnera l’occasion de faire connaissance avec chacun des instruments :

velociteRR ABU2
00:0000:18
  • velociteRR ABU2 00:18
  • velociteRR ABY2 00:18
  • velociteRR ABA2 00:18
  • velociteRR ABP2 00:18
  • velociteRR ABP2 Pick 00:18
  • velociteRR ABJ2 00:18
  • velociteRR ABJ2 Pick 00:18
  • velociteRR AMR2 00:18

Comme vous le voyez, on dispose d’une belle palette sonore, sachant que, comme précisé avant, vous ne pourrez pas vous écarter grandement des sons de chaque instrument électrique à moins de recourir à des traitements externes.

 

Au-delà de cette base, on appréciera surtout les nombreuses articulations convaincantes et les artefacts dont le volume et l’incidence sont réglables et qui apportent beaucoup au réalisme : bruits de doigts sur le manche ou sur les cordes, cordes qui frisent, etc.

Voyez cette même séquence sans bruitages pendant deux mesures puis avec :

00:0000:00

Précisons par ailleurs que le système de keyswitches est suffisamment bien foutu pour que la programmation ne tourne pas au calvaire. Ample Sound remplit donc son pari sur l’essentiel, à savoir le son et la simplicité d’usage, mais il est temps d’aborder à présent les petits plus qui rendent ces basses réellement différentes et dont ferait bien de s’inspirer la concurrence.

EZbass

Ample Sound Ample Bass P II : tabplayer

Comme nous l’avions vu dans le test de la contrebasse ABU, Ample Sound est le seul éditeur à proposer un lecteur de partitions Guitar Pro, ce qui s’avère intéressant pour les possesseurs de ce logiciel cherchant à produire des playbacks de qualité comme pour ceux qui se sentent plus à l’aise avec les tablatures pour programmer des lignes de basse qu’ils pourront ensuite récupérer en MIDI dans leur séquenceur.

Dans le sillage de cette excellente idée, l’éditeur vient toutefois de doter toutes ses basses d’un nouvel outil : Riffer. De quoi s’agit-il ? D’un séquenceur interne dédié à la basse, sorte de synthèse d’un éditeur de tablatures et d’un piano roll. Et c’est vraiment une tuerie.

Accessible via son onglet dédié, Riffer se présente comme un piano roll à ceci près qu’en lieu et place d’un clavier chromatique, ce sont les quatre (ou cinq) cordes de votre basse qui sont représentées, complétées d’une ligne pour les effets spéciaux.

Ample Sound Ample Bass P II : riffer

Chaque riff se programme au maximum sur 8 temps, sachant que plusieurs signatures rythmiques sont disponibles et que vous pouvez définir comme bon vous semble un pas de quantification allant jusqu’au 1/64. Il suffit ensuite de double-cliquer pour créer une note sur la corde concernée, un bandeau permettant de définir ses propriétés : hauteur tonale, longueur et vélocité bien sûr, mais aussi vibrato, bend (à choisir parmi plusieurs courbes éditables graphiquement) et articulation en entrée comme en sortie. De fait, il est possible de faire des choses très sophistiquées sans se battre pendant des heures avec les contrôles continus dans son séquenceur. Une fois satisfait de votre riff, vous pouvez soit l’enregistrer soit le glisser directement dans votre STAN pour récupérer la séquence MIDI toute faite : c’est juste génial parce que ça change la vie.

Ample Sound Ample Bass P II : bendcurve

Évidemment, un tas de fonctions accompagnent l’outil, à commencer par un système de transposition qui ne gère hélas pas les modes. Pour se rattraper, Ample Sound nous propose toutefois Dice, un générateur de riff aléatoire qui les gère, et surtout une bonne grosse collection de centaines de grooves prêts à l’emploi… ou prêts à l’édition ! Même s’il y a du déchet dans le lot (certains riffs sont vides !), on y trouve des choses très intéressantes au sein d’un navigateur multicritère et il y a de quoi de suggérer des idées en nombre. Comptez d’ailleurs plutôt là-dessus que sur le Dice car, comme souvent avec ce genre de fonction, le hasard produit la plupart du temps des choses manquant vraiment de pertinence.

Ceux qui rêvaient de voir un Toontrack sortir un EZbass dans le sillage de son EZkeys feraient en tout cas bien de jeter un oeil là-dessus car il y a vraiment de quoi simplifier la séquence de patterns compliqués : réaliser une ligne de slap n’étant pas donné à tout le monde, surtout lorsqu’on n’est pas bassiste.

Pour le plaisir, voici quelques mises en situation de riffs fournis :

funk
00:0000:16
  • funk 00:16
  • hardrock 00:21
  • slapsong 00:18

Shut up and take my money ?

Avant de conclure, il reste à parler du prix. A l’unité, chaque instrument est vendu 120 $, tandis que les extensions Pick sont à 70 $. Même s’il ne comprend pas les deux extensions (et c’est bien dommage), le bundle est déjà nettement plus attractif à 444 $, ce qui place l'instrument autour des 74 $. En face, Modobass est vendu 240 euros (plus de basses électriques avec quantité d’options mais aucune basse acoustique), le bundle d’Efimov à 250 euros (4 basses électriques seulement dont une fretless), celui d’Orange Tree Sample à 260 $ (3 basses électriques dont une fretless et une contrebasse), celui de Chris Hein à 205 $ (deux basses électriques dont une fretless et une contrebasse) et le Trilian de Spectrasonics à 250 euros (le seul à proposer un pack réellement très complet avec des dizaines de basses acoustiques comme électriques et même un stick Chapman). Quant à Scarbee, il ne propose pas de bundle, nous obligeant à acquérir ses 4 basses (dont aucune acoustique ou fretless) pour… 510 euros !

Même si son bundle est clairement moins attractif que Trilian, voyez qu’Ample Sound se situe dans la moyenne, d’autant qu’il est le seul à proposer des modules aussi originaux que son lecteur de tablatures ou le riffer, lesquels pourraient faire pencher la balance pour certains. Considérons enfin que tout comme c’est le cas pour le EZkeys de Toontrack que la plupart des utilisateurs utilisent pour produire des séquences qu’ils font ensuite jouer par un piano de meilleure qualité, on peut sans doute envisager de n’utiliser qu’une seule basse Ample Sound pour créer ses riffs et attaquer ensuite un Modobass (sous réserve de parvenir à transcrire simplement les contrôles continus). Chacun verra donc midi à sa porte…

Conclusion

Simple à utiliser, les basses d’Ample Sound sonnent bien et avec des fonctions aussi originales que le lecteur de tablatures ou le riffer, ce bundle auquel ne manque réellement qu’une fretless s’avère vraiment réjouissant au prix où il se situe. Seul détail gâchant la fête : le manque de possibilités dans la personnalisation du son qui n’est en rien rattrapé par une section d’effets indigne de la qualité globale des instruments. De fait, si vous espérez utiliser la Stingray pour autre chose que du métal, vous risquez de vous arracher les cheveux. Gageons que l’éditeur aura à coeur d’améliorer cela et célébrons en tout cas la pertinence du riffer, véritable petit séquenceur pour basse qu’on adorerait trouver dans toutes les STAN, et qui, on l’espère, donnera des idées à la concurrence.

  • Ample Sound Ample Bass P II : bendcurve
  • Ample Sound Ample Bass P II : extensionpick
  • Ample Sound Ample Bass P II : fxsection
  • Ample Sound Ample Bass P II : tabplayer
  • Ample Sound Ample Bass P II : riffer

 

Award Innovation 2017

Notre avis :

Points forts

  • Le son global
  • Un bundle relativement tout terrain, acoustique ET électrique
  • La bonne gestion des bruits de jeu
  • Le lecteur de tablatures
  • Riffer : une brillante idée
  • Nombreux grooves fournis, prêts à être utilisés ou modifiés
  • Simple à programmer
  • Jeu au doigt, en slap, en tapping et au médiator… (en option)
  • Qualité globale des articulations

Points faibles

  • Pas vraiment moyen de jouer sur le son des instruments électriques (micros prémixés)…
  • d’autant que la section d’effets n’est pas au niveau du reste
  • Jeu au médiator non inclus dans le bundle
  • Une vision très limitée de la Stingray