L’automation artistique, ou les enseignements du cinéma

Le guide du mixage — 107e partie

Quels sont les enseignements à tirer de l’analogie cinématographique de la semaine dernière ? C’est ce que nous allons voir sur-le-champ !

Leçon à l’image

En regard de la mise en scène, le premier enseignement concerne l’organisation du discours de chacun des acteurs. Qu’il s’agisse de monologues ou de dialogues, il est primordial pour chaque intervenant d’avoir son temps de parole réservé à lui seul, sous peine de rendre son propos complètement inintelligible. Pour revenir au cadre musical, les acteurs principaux se résument bien souvent au chant et aux instruments solistes. Serait-il opportun d’avoir un solo par-dessus le chant ? Ou bien encore deux solos en même temps ? Bien sûr que non. À vous donc d’agencer cela au mieux : apparition de « licks » entre les phrases chantées, articulation des solos sous forme de question/réponse, etc.

J’en entends déjà certains s’inscrire en faux : « Mais c’est de l’arrangement ça, pas du mixage ! ». Effectivement, cela tient plus de l’arrangement. D’ailleurs, si le titre que vous mixez est bien arrangé à la base, vous aurez certainement beaucoup moins de travail à l’heure de l’automation. Mais dans le cas contraire, n’hésitez pas une seule seconde à prendre des décisions, même drastiques, à partir du moment où cela sert l’œuvre musicale et non pas l’égo d’un musicien, d’un compositeur, voire le vôtre.

Toujours au niveau de la mise en scène, il est intéressant de se pencher sur la question des placements et déplacements des personnages. L’intervention d’un personnage clé n’aura aucun impact si ce dernier se trouve à ce moment-là caché derrière un meuble dans le fond du décor ; il se doit d’être à l’avant-scène pour que le public puisse non seulement capter l’intégralité de son propos, mais également toutes ses nuances de jeu. Il est tout aussi évident qu’une fois son discours achevé, ce même personnage ne va pas obstruer inutilement le front de scène, il faut bien entendu qu’il libère la place pour ses petits camarades. Cette danse des protagonistes est essentielle au bon déroulement de votre récit musical, tâchez donc d’y prêter une attention toute particulière.

Auria Automation

Concernant la scénographie, les leçons à en tirer d’un point de vue musical sont peut-être un poil plus abstraites de prime abord. En effet, les changements d’arrière-plan sont beaucoup moins perçus de façon consciente par le public. Cependant, il ne faut surtout pas sous-estimer l’impact émotionnel de cet art ô combien difficile ! Imaginez un instant une comédie musicale avec un acteur/chanteur qui se lève d’un coup pour donner de la voix. Eh bien si vous placez la scène dans une cafétéria étudiante entièrement vide, ou pleine, mais avec des clients absolument immobiles, ou bien encore avec une clientèle vivant sa vie sans faire cas du chant, ou au contraire avec tout le monde qui se met à danser sauce Fame, vous vous rendez bien compte que l’impact de la performance change pour chacune de ces situations, qu’importe les paroles ou le style musical.

Dans un contexte purement musical, cela se traduit par le maniement des instruments d’accompagnement. Bien sûr, le jeu des musiciens, le groove du morceau et la densité de l’arrangement influent énormément sur ce sentiment d’ambiance. Néanmoins, il ne faut surtout pas mettre à l’index l’incidence des fluctuations qu’il est possible d’imprimer au décor musical sur la sensation de vie de votre mix, que cela soit fait au travers d’une automation subtile ou non. Attention toutefois, veillez bien à ce qu’aucun de ces instruments d’ornement ne vienne voler la vedette aux acteurs principaux, ce n’est pas le propos. Gardez à l’esprit la vision du film de votre mix et tenez-vous-y fermement afin d’éviter tout débordement.

Finissons cet épisode avec la réalisation — au sens très large du terme. Imaginez la scène suivante : deux étudiants assis sur un lit dans la pénombre. Intercalez un bref plan sur leurs mains qui se frôlent et tout le monde se doutera de la suite des évènements. Par contre, si le plan inséré est cadré sur la poignée de porte de la chambre qui tourne, le public s’attendra à tout autre chose. De plus, l’impact de l’ouverture de la porte sera différent s’il y a allumage de la lumière en simultané ou non, si cette lumière est froide ou chaude, etc. Bref, le cadrage, le montage des plans et la gestion de la photographie jouent tous un rôle important dans l’évolution dramatique du récit. Bien entendu, d’un point de vue strictement musical, cela peut se traduire au niveau de l’arrangement, de l’interprétation des musiciens, voire de la composition elle-même. Mais l’automation artistique peut exacerber l’impact de tout ce beau monde, et même créer de bout en bout ce type d’effet afin de soutenir le déroulement du récit sonore tout en préservant l’attention de l’auditeur.

La semaine prochaine, nous verrons en détail les différents leviers à votre disposition à l’heure de l’automation qui vous permettront de déposer la touche finale à votre mixage.