Un regard neuf sur votre mix

Le guide du mixage — 128e partie

Juger de façon sincère un mixage est l’une des choses les plus dures qui soient. Après toutes ces heures passées à malaxer la matière sonore en son cœur, il est effectivement bien difficile d’aborder une œuvre avec une écoute d’une justesse à toute épreuve en fin de mix. C’est d’autant plus le cas pour le home studiste puisqu’il cumule (trop) souvent les casquettes de compositeur, interprète, ingénieur du son et réalisateur artistique. Cependant, il existe une méthode simple permettant de retrouver rapidement le recul nécessaire à l’analyse de votre travail en toute objectivité : l’écoute externalisée…

Out of mind

Ce que j’appelle « l’écoute externalisée » se base sur une idée à première vue enfantine puisqu’il s’agit de faire écouter votre mixage à une personne de votre entourage, proche ou non, peu importe. J’en entends déjà certains s’écrier que c’est bien joli comme histoire, mais tout le monde n’a pas la chance de connaître quelqu’un doté d’une finesse d’oreille suffisante pour lui permettre d’émettre une critique avisée sur un sujet aussi spécifique. Et vous avez raison… Sauf que l’efficacité de cette méthode ne repose absolument pas sur les qualités auditives de votre « cobaye », car c’est vous qui allez bel et bien faire tout le travail ! En effet, ce qui compte ici n’est pas l’écoute de cette personne, mais plutôt le recul qu’elle va apporter à la vôtre…

Mixage 128 Couv Large

N’avez-vous jamais remarqué ce curieux phénomène ? Lorsque vous faites écouter l’une de vos productions à quelqu’un, il y a toujours au moins un moment où vous voulez intervenir pour expliquer, justifier, ou simplement faire entendre telle ou telle chose en particulier à votre auditeur. Or, si vous ressentez ce besoin impérieux, c’est qu’il y a certainement un problème. Vous en étiez jusqu’à présent probablement plus ou moins conscient, mais le fait de soumettre votre travail au regard de l’autre vous force à en prendre pleinement conscience et cela vous apparait alors comme une évidence. Vous voyez de quoi je parle, n’est-ce pas ?

Honnêtement, je ne sais absolument pas à quoi est dû ce phénomène. C’est peut-être une forme d’empathie qui nous fait tout à coup percevoir notre musique au travers des oreilles de l’autre, ou peut-être une vieille ruse de Sioux, un sortilège vaudou, ou tout simplement le même concept qui sert de socle à la psychologie moderne… Mais qu’importe, le résultat est là : nous savons, mais nous ne savions pas que nous le savions, et la seule présence d’un quidam suffit à remettre toutes les pendules à l’heure. Amusant, non ?

Du coup, plutôt que de perturber l’écoute quiète de votre sympathique audience avec un bla-bla qui lui paraîtra certainement abscons, je vous invite à mentalement prendre note de toutes ces remarques qui brûlent vos lèvres ; couchez-les sur papier au besoin. En revanche, n’essayez pas d’imaginer tout de suite des solutions aux problèmes que vous venez de soulever, chaque chose en son temps. Concentrez-vous simplement sur cette écoute externalisée afin de tirer pleinement parti des bienfaits de cette objectivité retrouvée. Puis, une fois revenu dans le calme de votre station de travail, analysez ces nouvelles données et agissez en conséquence. Essayez, vous m’en direz des nouvelles !