Utiliser la distorsion harmonique lors du mixage

Le guide du mixage — 95e partie

Aujourd’hui, nous allons voir comment utiliser dans les faits tout ce que nous venons d’apprendre au sujet de la distorsion harmonique.

Il y a de fortes chances pour qu’à ce stade du mixage vous ayez déjà utilisé des plug-ins de compression et/ou d’égalisation sauce analogique sur la plupart de vos pistes. Il n’est bien évidemment pas question ici de revenir là-dessus. La sensation « glue » étant un effet cumulatif, l’ajout de petites couches successives va plutôt dans le bon sens de la manœuvre. Pour l’heure, nous allons donc travailler sur les groupes de pistes. Comme je vous l’ai expliqué précédemment, utilisez donc des compresseurs et/ou EQs émulant des appareils vintage et faites-les travailler à minima. Choisissez-les de façon à ce que la couleur qu’ils apportent collent avec votre vision du mix. Puis, appliquez tout simplement les principes exposés la semaine dernière afin de jouer sur la distorsion harmonique.

Le sel, les oiseaux et ta m…

Le problème avec la distorsion harmonique, c’est le dosage, comme nous l’avons déjà évoqué lors d’un précédent article. À ce titre, nous pourrions dire que ce type de saturation est à la musique ce que le sel est à la cuisine. En effet, le chlorure de sodium est un élément essentiel de l’art culinaire que l’on se doit de doser avec discernement. Lorsqu’il en manque, les plats paraissent fades, mais s’il y en a trop, ils sont immangeables. De plus, le salage intervient à plusieurs moments de la préparation : avant la cuisson, pendant et après. Enfin, s’il est très facile de saler un mets, il est en revanche impossible de revenir en arrière après coup. Bref, tout se joue au moment de la préparation de la recette.

tipdistortion

Eh bien en ce qui concerne la distorsion harmonique, c’est un peu la même tisane, l’assaisonnement doit être effectué avec le plus grand des sérieux lors du mixage. Sauf que le fait de travailler dans le monde numérique apporte tout de même un avantage de taille : il est possible de goûter le plat sonore en cours de cuisson et de revenir sur ses pas le cas échéant ! Du coup, en respectant la méthode suivante, vous devriez pouvoir doser l’ajout de distorsion harmonique sans trop risquer de tomber dans l’excès.

Cette façon de faire est relativement simple et se décompose en deux étapes. La première consiste à tendre attentivement l’oreille lors de l’application du plug-in générant la distorsion (EQ et/ou compresseur « vintage »). Dès que vous commencez ne serait-ce qu’à soupçonner l’apparition de saturation harmonique, reculez le niveau d’entrée d’un petit décibel. Une fois cela fait pour l’ensemble des éléments concernés du mix, une bonne pause s’impose histoire de faire prendre l’air à vos esgourdes. Lorsqu’elles sont enfin à nouveau fraîches, passez donc à la seconde phase en écoutant le rendu global et en comparant le résultat avec et sans distorsion harmonique. Normalement, vous devriez constater que l’effet apporte une coloration légère ainsi qu’une sensation de cohérence accrue, mais rien de plus ! La différence doit être à ce point subtile qu’une écoute distraite ne pourrait absolument pas remarquer le subterfuge. Si tel n’est pas le cas, repassez donc à la première étape.

Je sais bien que cette méthode est relativement longue à appliquer. Mais ne vous en faites pas, avec le temps, votre perception auditive s’affinera et vous ne devriez même plus avoir à passer par celle-ci.