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Test du Yamaha EX5R

L'hypermarché de la synthèse
Capable de générer simultanément plusieurs synthèses dont certaines développées sur ses aînés, l’EX5R est une station de travail très innovante dont les capacités reposent sur de puissants DSP. La grande foire aux sons est ouverte, vite un chariot !

Si le DX7 reste le synthétiseur le plus vendu de tous les temps, Yamaha impressionne également par l’étendue des territoires sonores explorés depuis une quinzaine d’années. Cette volonté de parcourir sans cesse de nouveaux univers s’est traduite par la création de synthèses très variées, amenant du coup des instruments au grain très typique. La série SY mélangeait astucieusement en son temps la synthèse FM 6 opérateurs à la synthèse soustractive par filtres. Aujourd’hui, la série MU exploite la lecture d’échantillons avec une Rom sans cesse grandissante, la série VL apporte une expressivité et un rendu inégalés grâce à la modélisation physique et l’A3000 s’impose petit à petit comme échantillonneur performant et accessible. Après le succès mérité des dernières productions, la marque sort une compilation de ses meilleures synthèses sous les traits de la série EX, une gamme de trois machines multi-synthèses dont nous avons testé le haut de gamme en version expandeur. Véritable hymne à la synthèse, la machine semble avoir été conçue pour les blasés de l’expérimentation sonore, qui vont pouvoir faire leurs courses des journées entières dans des rayons pleins de DSP. Vont-ils trouver tout ce qu’il cherchent ? 

Grande surface

Yamaha EX5R

D’un point de vue cosmétique, l’EX5R est un rack 19 pouces 3U arborant un large LCD rétro éclairé très lisible 240 x 64 points dont le contraste est réglable depuis la face avant. Inutile de le dire, tout le panneau avant disponible est occupé par une colonie impressionnante de commandes. A gauche, le lecteur de disquettes 3.5 pouces occupe le haut du pavé (en position, car en rapidité, il est un peu à la ramasse), dominant 14 interrupteurs (mode de jeu, édition, utilitaires, scènes, séquenceur, arpèges), 4 jacks audio (entrée sampling stéréo, sortie casque et prise pour contrôleur de souffle) et 2 potentiomètres de volume (entrées sampling et volume global). Le dessous de l’écran est réservé à 10 interrupteurs en ligne (« shift », 8 « soft knobs » et « exit ») et 6 potentiomètres rotatifs sans fin servant à régler directement les paramètres suivant la page écran en cours. Sur la droite enfin, on trouve, en plus de l’alphadial cranté, les 4 touches de navigation dans les pages écran, les habituelles «oui / non », les commandes de transport du séquenceur et le pavé numérique.

Rien ne semble avoir été oublié, pas même les touches « edit / compare », « store » ou encore « job » sans qui l’EX5R ne serait pas un véritable Yamaha. Sur les versions clavier, on dispose en plus de 3 molettes de contrôle, de 2 touches octave +/- et de 3 rangées de 8 touches permettant d’appeler les banques, les programmes ou de naviguer plus rapidement dans les pages écran, de sélectionner ou muter les 4 éléments sonores que peut contenir un programme. Total contrôle ! Très dépouillée , la face arrière de l’EX5R dispose de l’entrée pour prise secteur 3 broches (alimentation interne), du trio Midi, de 4 sorties au format jack 6,35 (1 stéréo et 2 séparées) et de 3 trappes pour accueillir des cartes d’options dont nous reparlerons. La quinzaine commerciale est ouverte ! 

Modèle

EX7

EX5

EX5R

Format

Clavier 61 touches

Clavier 73 touches

Rack 19’ 3U

Sorties

LR jack 6,35

LR + 2 séparées jack 6,35

LR + 2 séparées jack 6,35

Entrées

Mono jack 6,35

LR jack 6,35

LR jack 6,35

Midi

in / out / thru

in/out/thru + in/out 

 in / out / thru

Synthèses

4 types (pas de VL)

5 types

5 types

Mélanges de synthèses

AWM+FDSP, AN+AWM

AWM+FDSP, AN+AWM,

AN(2 couches)+AWM,

AN+FDSP, VL+AWM

 

AWM+FDSP, AN+AWM,

AN(2 couches)+AWM,

AN+FDSP, VL+AWM

DSP réservés à la synthèse

1

2

2

Effets

 

Maximum de blocs d’insertion (avec 2 effets par bloc)

 

Polyphonie    AWM+SAMPLING                      FDSP

AN

VL

Réverb + Chorus + Insertions

Programmes : 1 bloc en AWM, 0 dans les autres cas

Performances : 0 ou 1

64

8

1

0

Réverb + Chorus + Insertions

Programmes : 1 bloc disponible en permanence

Performances : de 1 à 4

126

16

2

1

Réverb + Chorus + Insertions

Programmes : 1 bloc disponible en permanence

Performances : de 1 à 4

126

16

2

1

 

Rayon multimédia

Schématiquement, la production sonore de la série EX repose sur des DSP capables de générer 5 types de synthèses différentes (4 pour l’EX7). Il s’agit de la synthèse à modélisation physique VL type VL1 (pas sur l’EX7), de l’échantillonnage (type A3000), de la modélisation analogique (type An1X), de la lecture d’échantillon AWM (type MU100R) et d’une toute nouvelle synthèse baptisée FDSP capable de simuler des ambiances sonores très variées. Mieux, on peut mélanger certaines de ces synthèses, ce qui autorise des textures sonores sortant totalement des sentiers battus. Pour commencer, les formes d’onde AWM en Rom et celles échantillonnées (ou importées) en Ram sont traitées de la même façon et peuvent donc toujours coexister, en se partageant 126 voix de polyphonie maximum. Si 4 formes d’onde AWM peuvent être empilées au sein d’un même programme, il est également permis de mélanger 1 voix VL et 3 ondes AWM. De même on peut empiler 1 (ou 2) voix AN à 3 (ou 2) voix AWM.

Quoi qu’il en soit, le générateur VL est monophonique et le générateur AN duophonique, donc les premiers arbitrages commencent déjà (et il y en aura d’autres !). Ceci dit, les 126 voix AWM restent disponibles dans ces 2 modes. Totalement nouvelle, la synthèse FDSP constitue un étage de traitement supplémentaire dans la chaîne de production sonore, juste après les générateurs et avant les effets. Seules les voix AWM peuvent être envoyées dans le FDSP et seulement 2 combinaisons (4 voix AWM ou 3 voix AWM + 1 voix AN) peuvent utiliser le FDSP (la voix AN contournera le FDSP). Dans le premier cas, la polyphonie dégringole à 16 voix et dans le second, elle s’écrase à 8 voix FDSP + 1 voix AN. Boum, je viens de rentrer dans le caddie d’un autre ! 

Rayon librairie

Yamaha EX5R

Avant de rentrer dans le détail des synthèses, voyons tout de suite avec nos oreilles comment cela sonne. L’EX5R est livré avec 256 programmes en Rom et 256 préchargés en Ram, ainsi que 128 performances multitimbrales permettant d’empiler jusqu’à 16 programmes. Quatre disquettes contenant des démonstrations et des programmes complètent (avec beaucoup trop de doublons !) la librairie naissante de la machine : on attend un CD-Rom, en cours de production, pour se consoler.

Le premier son est un ... piano acoustique multiéchantillonné. Surprise, il est vraiment très bon, étant donnés les 16 Mo de Rom totale. Les marteaux claquent, la dynamique est excellente (même un peu raide), la réponse en vélocité est agréable et les points de montage sont quasi indécelables, à des années-lumière des modules de la série MU. Très réussis également, les pianos électriques (Fender, Wurlitzer ou CP80), surtout ceux passés à travers le FDSP qui leur confère une présence et une chaleur remarquables. Excellentes également les guitares électriques clean ou légèrement distordues, passées elles aussi dans le FDSP, avec un son tantôt cristallin, tantôt gras et très détaillé. Toujours aussi expressifs, les instruments à vents (sax, flûtes, trompettes) à la sauce VL sont vraiment très réalistes avec ce rendu aléatoire et inattendu de la modélisation acoustique. Une réussite ! A tomber par terre, les sons générés par la synthèse AN proposent d’énormes basses claquantes et résonantes de type Minimoog ou encore des leads suraigus décoiffants (et sans aliasing). Bien faites également, les sonorités de nappes obtenues par mélange de synthèses évoquent tantôt les textures éthérées à la Korg, tantôt la rondeur Roland avec un peu de filtrage (si, si !). Aux abonnés absents, les instruments solos d’orchestres (cordes, bois et cuivres classiques) manquent dans cette belle palette sonore (heureusement, il y a la Ram). Quand aux percussions, elles sont dans la tradition des modules GM de la marque. Bref,  presque tout ce qui est là est très réussi, expressif et parfois inédit. D’Auchan à Fauchon ! 

Rayon bricolage

Yamaha EX5R

Dernier rayon avant d’attaquer le vif du sujet, arrêtons-nous un instant sur la programmation de l’EX5R. On a souvent reproché aux machines Yamaha le manque de clarté des abréviations employées ou leur manque de spontanéité, ou encore leurs OS tordus et nébuleux. Avec la série EX, la page semble avoir été tournée et on a vraiment tout ce qu’il faut, outils et matériaux ! Pour commencer, le manuel est bien traduit (mais plein de fautes), très concis (moins de 300 pages), avec les termes techniques appropriés de la langue française.

Ensuite, l’édition est bien vue : quel que soit le mode (programme, performance, séquence...), une pression sur la touche « edit » appelle l’éditeur, sous forme de pages écran, desquelles on peut sauter à volonté en conjonction avec la touche « shift » et l’une des « soft touches ». Ainsi, on voit où on met les roues du caddie. Mieux, dès que l’on navigue dans une même page, des petits chiffres (1 à 6) se placent à gauche des paramètres, indiquant que leur modification est directement possible à l’aide des 6 potentiomètres situés sous le LCD. Et comme ceux-ci sont sans fin, ils prennent immédiatement la valeur du paramètre en cours. Un gain de temps considérable et un confort très appréciable ! Dans certaines pages telles que celles du mode performance, les données sont rangées sous forme de tableau, avec en ligne les paramètres et en colonne, les 16 programmes. Dans d’autres, les sous-pages sont affichées sous forme de feuillets. On se croirait dans Excel, avec des ascenseurs graphiques indiquant la position dans la matrice et des classeurs à onglets. Excellent ! Toujours dans la série graphique, les courbes de réponse des enveloppes et des filtres s’affichent en temps réel. Pas bon du tout par contre, la modification de n’importe quel paramètre n’est pas prise en compte tant qu’une nouvelle note n’est pas déclenchée. Adieu le bouclage ou le filtrage en temps réel (l’A3000, lui, le permet !), et retour à Auchan ! 

Rayon congelés...

La synthèse AWM est la plus répandue de nos jours. Sur l’EX5R, 419 formes d’ondes multiples ont ainsi été congelées dans les 16 Mo de Rom. Un programme AWM est constitué d’un empilage maximum de 4 multiéchantillons qui attaquent chacun un filtre statique résonant suivi d’un filtre dynamique lui aussi résonant. Chaque couche est ensuite modulée par 3 enveloppes et 2 LFOs puis rejoint ses trois autres comparses au rayon prêt-à-porter pour s’habiller avant de sortir. Pour mettre tout cela en forme, l’EX5R dispose de 8 pages principales : on y règle, entre autres, le type de synthèse (ici AWM), le numéro d’arpégiateur, les zones de jeux avec fondu, les fenêtres de vélocité, les formes d’ondes (numéro, accord, volume, panoramique, échelle micro tonale parmi 32), les 3 enveloppes (6 temps - 6 niveaux) avec bouclage et influence de la vélocité sur les temps et les niveaux, les 2 LFOs (3 et 8 formes d’ondes, plus facteur aléatoire, pouvant agir sur le pitch, le filtre, le volume, le LFO2 pouvant interagir sur le LFO1). Précisons qu’une sélection d’ondes par catégorie permet de s’y retrouver parmi les 419 multi ondes en Rom et ceux que l’on chargera en Ram, ce qui est fort pratique.

Yamaha EX5R

Attardons-nous sur les filtres assez élaborés et très réussis : le premier, statique, dispose de 9 algorithmes : shelf grave/aigus, shelf double graves, shelf double aigus, passe-bas résonant, passe-haut résonant, passe-bande, passe-bas inversé, égaliseur paramétrique simple bande, booster 6/12/18 dB. Le nombre de pôles n’est pas précisé, mais ce n’est à coup sûr pas un 24 dB/octave. Par contre, une dizaine de paramètres sont accessibles, dont la réponse en vélocité affectée à la fréquence de coupure et à la résonance. Quand on disait « statique » ! Quant au filtre dynamique, il s’agit d’un multimode résonant (le mot est faible) disposant de sa propre enveloppe et de 8 algorithmes : passe-bas 24 distordu, 24, 18, 12 et 6 dB/octaves, passe-haut, passe-bande et éliminateur de bande (notch). La réponse en vélocité peut commander fréquence de coupure et résonance, avec un facteur aléatoire. Mieux, si on utilise les 5 derniers algorithmes, on dispose de 2 filtres dynamiques distincts partageant cependant les mêmes réglages de coupure et résonance, que l’on peut configurer en série ou en parallèle. Bien sûr, les paramètres de suivi de clavier ne sont pas en reste avec courbe de réponse complète à 4 points de rupture. Superbe ! 

... et surgelés

Pour ceux qui veulent congeler eux-mêmes, il faudra passer par le bac à surgeler 16 bits linéaire 44,1 kHz. Pour ce faire, l’EX5R dispose de deux entrées (stéréo) sur la face avant avec un potentiomètre de réglage de gain et d’un tout petit Mo en DRam de base. Comme ce n’est pas suffisant, on pourra étendre la machine au moyen de barrettes Simm 72 broches et ce jusqu’à 64 Mo. Les plus riches pourront également installer une FlashRam interne de 8 Mo, conservant les formes d’ondes à l’extinction des feux. Une pression sur le bouton « sample » fait passer l’EX5R en mode d’échantillonnage. A ce stade, on peut soit écouter un échantillon en Ram (de 1 à 1024), soit déclencher l’enregistrement. Celui-ci peut être mono, stéréo, ou un mixage mono des deux entrées, avec source externe ou interne. Deux vu-mètres indiquent graphiquement les niveaux d’entrée avant déclenchement de l’enregistrement, manuel ou avec trigger (dommage qu’ils disparaissent dès l’enregistrement commencé). Ensuite, il ne reste plus qu’à éditer l’onde capturée.

Yamaha EX5R

L’EX5R permet le réglage des points de troncature et de bouclage avec édition graphique (les possesseurs de A3000 vont hurler !) avec zoom et bouton multiplicateur d’échelle de valeurs, l’accordage de la boucle (très utile sur les boucles de quelques cycles) et le mode de lecture (avant, arrière mais pas alterné). La touche « job » autorise quelques manipulations de normalisation, et de copie / coupage / collage. Hélas, la gestion des samples stéréo se fait séparément pour les deux canaux et il manque des fonctions à la mode telles que compression temporelle et conversion de fréquence (les possesseurs de A3000 vont cette fois rigoler !). Ceux qui ne veulent pas échantillonner pourront puiser dans les banques Akaï S1000, AIFF ou WAV en 16, 12, 8 bits linéaires ou 8 bits compressés. Enfin, l’assemblage des ondes en multiéchantillons s’effectuera dans l’éditeur de programmes, une page spéciale étant créée automatiquement. Ainsi, jusqu’à 1024 ondes pourront être disposées en 128 couches avec pour chacune, réglages indépendants de tessiture, panoramique et accordage. Des superpositions sont donc possibles, ce qui est très souple pour du surgelé ! 

Tête de gondole

En promotion et pour le même prix, le dernier mode AWM pur est le mode drums, dans lequel on définit les sets de percussions si les 6 en Rom ne suffisent pas. En fait, la plupart des paramètres sont communs au mode de voix normal, si ce n’est qu’ici, jusqu’à 128 formes d’ondes peuvent constituer un programme. Mieux, l’EX5R laisse l’utilisateur gérer à sa guise les 128 ondes, en couche ou sur des notes séparées, avec tessiture indépendante, fenêtre de vélocité et crossfade. Toujours plus fort, chaque couche dispose de ses propres réglages de démarrage, bouclage, mode de lecture, niveau, panoramique, filtre, enveloppes et LFO (un seul). On peut ainsi assigner n’importe laquelle des 1484 ondes en Rom (constituant les 419 multi) ou des 1024 (maximum) en Ram / FlashRam. L’écran donne une représentation graphique approximative de la position de la note sélectionnée sur le clavier. Hélas, il est impossible de sélectionner les notes auxquelles assigner un son directement depuis le clavier Midi relié à l’appareil, ce qui est vraiment très curieux dans cette gamme. A revoir !

En page « mix », il est possible de régler pour chacune des 128 couches la connexion aux effets d’insertion (1, 2 ou off), le dosage de départ vers les effets de réverbération et de chorus, et enfin le routage vers les sorties audio (gauche et droite, individuelles ou paires de sorties séparées). Parmi les sons proposés, on trouve de tout et rien que du bon. Les univers sonores explorés sont presque exhaustifs (rock, pop, jazz, latino, techno, dance, rap) et les cymbales sont (bien) bouclées, ce qui permettra de les faire durer plus d’une demi-seconde. Mis à part notre petit reproche de sélection automatique de note, le mode drums de l’EX5R est extrêmement poussé et va bien au-delà de ce que fait la concurrence. Le bon plan !

Rayon vins fins...

Yamaha EX5R

Pour nous faire tourner la tête, l’EX5R est équipé de deux synthèses à modélisation. La première, baptisée VL, repose sur la modélisation physique de certains instruments acoustiques. Depuis le VL1, elle a été déclinée sur le VL70m puis sous forme de plug-in sur le module MU100R. En fait, l’EX5R est doté des mêmes possibilités que le VL70m, ce qui signifie tout de même que l’on ne pourra pas directement frotter l’anche d’un tambour avec les marteaux d’une clarinette. Il faudra se contenter de choisir parmi les 256 présélections que Yamaha a faites pour nous, sachant que 16 users seront accessibles via l’éditeur du VL70m avec lequel l’EX5R sera prochainement compatible. Santé ! On y trouve des cuivres, des flûtes, des bois et des trucs bizarres combinés mais toujours très intéressants, tant la diversité et l’expressivité sont grandes.

Une fois l’oscillateur sélectionné, « tessituré » et « vélocitété », il passe dans un égaliseur paramétrique 5 bandes puis dans un filtre passe-bas résonant de pente inconnue. Pour moduler le son, 3 enveloppes agissant sur le pitch (simple AR), la coupure du filtre et l’amplitude (ADSR) prêtent main forte à l’unique LFO (un vibrato dépouillé à 3 paramètres, en fait). Mais le secret de l’expressivité VL réside dans une programmation fine de la matrice de contrôleurs. Ainsi, n’importe lequel des 12 contrôleurs disponibles pourra moduler une ou plusieurs destination VL : le formant de gorge, la pression, le growl, l’embouchure, le coup de langue, le pitch, le cri, le niveau de souffle et l’absorption de sortie. Le rendu est excellent sur les instruments à vent et à corde pincées, mais pas très convaincant sur les cordes frottées. Quoi qu’il en soit, nous saluons Yamaha d’avoir doté les EX5 de la synthèse VL et pour ceux qui ne la supportent pas, l’EX7 est pour eux, hips !

... et spiritueux

Seconde synthèse à modélisation développée cette fois sur l’An1X, l’AN est implantée sur l’EX5R sous la forme d’un générateur duophonique (c’est tout !). Chacune des 2 voix (1 seule sur l’EX7) est constituée de 2 VCOs que l’on peut faire interagir selon 4 algorithmes, permettant la modulation de fréquence et/ou la synchronisation, le VCO 1 étant lui-même subdivisé en 2 oscillateurs maître et esclave. Plus fort, il est possible de faire intervenir un modulateur (parmi 2 enveloppes et 2 LFOs) comme signal source de la synchronisation, ou comme source de la modulation de fréquence, ou encore comme source de modulation de la profondeur FM. Les VCOs sont capables de produire des ondes en dent de scie, pulse, pulse + scie, scie pilotée par une onde pulse et trois ondes baptisées « intérieur » issues de l’utilisation de la synchronisation. De plus, un paramètre « edge » peut arrondir les angles des ondes, ce qui permet de transformer progressivement une dent de scie en sinusoïdale. Bien sûr, chaque onde dispose d’un réglage de modulation à largeur d’impulsions (PWM) contrôlable par les 2 enveloppes et les 2 LFOs. Le résultat des 2 VCOs attaque ensuite un filtre multimode capable de générer des passe-bas 24, 18, et 12 dB/octave, un passe-haut, un passe-bande et un notch. Le filtre est très efficace et dispose d’une résonance à valeurs bipolaires. Au stade du mixage, on règle le niveau de chaque VCO, le niveau de bruit, la profondeur de modulation en anneau entre les deux VCOs et un paramètre « feedback » (réinjection de la sortie du VCA sur lui-même, attention aux enceintes !). Pour moduler le tout, on fait appel à 3 enveloppes (simple rampe sur le pitch et ADSR sur le filtre et l’ampli) et 2 LFOs (le premier, très complet, possède 21 formes d’ondes alors que le second se contente de 2). Une belle profondeur de programmation ! Le mieux, c’est que le rendu est excellent, avec des basses très punchy et des solos déchirants. De quoi s’amuser tout en regrettant la polyphonie très limitée qui interdira les nappes grasses et évolutives... jusqu’au rayon suivant.

Rayon ultra frais

Véritable nouveauté dans la synthèse sonore, le FDSP est en fait un processeur d’effets ultra sophistiqué permettant un contrôle sonore individuel sur chaque note, par opposition aux réverbérations et consorts qui agissent globalement sur un programme. Il en résulte des sons plus dynamiques et plus frais que de simples programmes AWM assez figés. Lorsque le FDSP est activé, une nouvelle page menu apparaît dans l’éditeur de voix. On accède alors aux 10 types de FDSP : capteur de piano électrique, capteur de guitare électrique, effet d’eau, PWM, flanger, phaser, auto-modulation de fréquence, effet de tornade, modulateur en anneau et effet sismique. Chaque algorithme dispose de 10 à 20 paramètres, tels que type de capteur (intégré ou différencié pour le piano, simple ou double bobinage pour la guitare), position du capteur, vibration de lame ou de corde, position de pincement, fréquence de coupure, résonance. Au passage, on trouve de nombreux filtres statiques résonants, des délais et mêmes des LFOs et des générateurs d’enveloppes additionnels. Pour moduler le tout et suivant l’algorithme, jusqu’à 8 paramètres peuvent être contrôlés en temps réel, à affecter dans la matrice de modulation.

Dans la banque de sons générés par FDSP, on trouve d’excellents pianos électriques au rendu très flatteur, des guitares clean très chaudes et très présentes, des nappes de cordes transformées en pluies tropicales ou en doux clapotis méditerranéens, des cloches de l’enfer, ou encore des sonorités plus grasses qu’une huile de vidange usagée. La force du FDSP, c’est son mode d’action individuel sur chaque note. Ainsi, on évite toute uniformité et toute « mise en boîte » des sons, ce qui se produit avec les unités d’effets classiques. L’inconvénient, c’est que la polyphonie chute à 16 voix en FDSP (8 pour l’EX7) et que la combinaison AN+FDSP la réduit à 1+8 voix (et rien sur l’EX7). Quelle gourmandise, on se croirait au rayon confiserie ! 

Rayon prêt-à-porter

Avant de sortir, les sons franchissent les processeurs d’effets pour passer leur tenue de soirée. Au programme, on dispose de 2 effets d’insertion et de 2 effets maîtres, à savoir un chorus et une réverbération. Les effets d’insertion peuvent être mis en service pour n’importe quelle couche d’un programme. De plus, il est possible de les arranger en série (ordre au choix) ou en parallèle, la combinaison étant affichée graphiquement sur l’écran. Le premier processeur dispose de 24 algorithmes contre 79 pour le second (avec pour certains jusqu’à 16 paramètres) ainsi que des combinaisons d’effets (2 ou 3 en série mais pas en parallèle). Certains paramètres sont assignables à des contrôleurs temps réel et on trouve des effets sortant un peu de l’ordinaire tels que simulateur de platine disque, talking modulator, réducteur de résolution ou encore time stretch en temps réel. Rien que du bon !

Yamaha EX5R

Les effets maîtres agissent quand à eux comme des unités auxiliaires avec réglage du départ pour chacune des couches constituant un programme. Avec 12 algorithmes (hall, plate, room, canyon) comprenant jusqu’à 14 paramètres dont 4 pouvant être modulés par des contrôleurs temps réel, les réverbérations sont dans la pure tradition Yamaha. Enfin, les chorus proposent 17 algorithmes allant du chorus au flanger en passant par les délais et les effets d’ensemble. Pour certains, 7 paramètres peuvent être modulés par des contrôleurs temps réel. Impressionnant ! Le hic, c’est que comme ces effets partagent les ressources DSP avec les différentes synthèses, il s’en suit immédiatement des limitations plus ou moins catastrophiques. Sur les EX5, no problem, les effets sont toujours disponibles en mode programme. Mais sur l’EX7, les deux insertions sont shuntées dès qu’on utilise autre chose que l’AWM, la machine ne renfermant qu’un seul DSP en partage (alors que les EX5 ont un costume deux pièces). Dommage, car une compression sur une basse générée par AN ajoute une pêche supplémentaire. Mais gardons nos complaintes pour le rayon suivant...

Rayon boucherie

Au stade supérieur, les programmes sont assemblés dans l’une des 128 performances multitimbrales 16 canaux, ce qui permet le contrôle de plusieurs sons par le séquenceur ou l’empilage de plusieurs d’entre eux grâce à la fonction layer. En édition, la page « part » affiche tous les paramètres d’une unique partie alors que la page « multi » propose, sous forme de tableau, les paramètres (en ligne) pour les 16 parties (en colonne), avec ascenseur vertical de position. Et comme en édition de programme, un « E » apparaît dès qu’un paramètre a été modifié, ce qui signifie que les modifications effectuées ne sont pas encore sauvegardées. Un régal !

Pour chaque partie, 80 paramètres sont disponibles parmi lesquels, le volume, le panoramique, des réglages de synthèse élémentaires (tels que filtres, LFO, enveloppe comme sur un module GM), la tessiture, la fenêtre de vélocité, la sortie, le dosage de départ / retour des effets maîtres et la commutation des effets d’insertion. En fait, si les effets maîtres sont entièrement reprogrammables, les effets d’insertions sont importés avec les programmes. Attention cependant à ne pas se réjouir trop vite, car 4 effets d’insertion différents maximum peuvent être commutés si tous les sons utilisent la synthèse AWM et dès que l’on utilise un son AN ou VL, seul un bloc d’insertion est disponible (comme sur un module GM !). Et si l’on tente de doubler par la droite, un impitoyable message « DSP Full » apparaît, rappelant que les DSP font la loi. C’est d’ailleurs la même scène si l’on essaie d’empiler plus de deux sons AN, VL ou FDSP et là, c’est carrément frustrant. Une machine que l’on croyait si puissante sature sous nos yeux ébahis en moins de deux. Renseignements pris chez Yamaha, il semble que les concepteurs ont préféré laisser l’utilisateur faire lui-même l’arbitrage et ne pas brider l’appareil (bel effort pour des Japonais !). Cela a un goût de viande froide ! 

Rayon plats cuisinés

Yamaha EX5R

Pour des morceaux prêts à consommer, l’EX5R dispose de 3 séquenceurs différents fonctionnant de façon assez similaire. Les seules différences majeures concernent le nombre de pistes (4 pour l’arpégiateur monotimbral, 8 pour les patterns et 16 pour le mode song) et la capacité mémoire (50 arpèges pré-programmées et 50 arpèges utilisateur, 50 patterns utilisateur et 1 seule song de 30 000 notes). Le mode song autorise l’enregistrement de 16 pistes linéaires accompagnées d’une piste pattern et une piste d’effets. Les pistes apparaissent en colonne avec visualisation du mute de canal et bypass des effets sous forme d’une petite icône carrée. Bien sûr, un métronome peut être activé ainsi qu’un mode de reproduction en boucle, aussi bien à la lecture qu’à l’enregistrement. De plus, des grooves différents peuvent être activés sur chaque piste (mode non destructif) parmi 100 modèles disponibles ou un modèle utilisateur et ce, en conjonction avec la vélocité. Et pour une fois, lorsqu’on change de groove en cours de reproduction, la modification s’opère en temps réel si on le souhaite. Mieux, lorsque l’on crée un groove utilisateur, le LCD indique de façon graphique la grille (façon TR Roland) en fonction de la quantisation retenue, ainsi que l’offset, le temps de gate et la réponse en vélocité. Bien vu ! Les grooves utilisateur sont sauvegardés au niveau de la song sur les pistes correspondantes. Et si on ne souhaite pas partir de zéro, une fonction de copie permet d’appeler et visualiser n’importe quel modèle interne pour le modifier à souhait.

Revenons à l’enregistrement de song, que l’on peut effectuer en temps réel multipiste, en boucle, en punch in / out entre deux points ou en pas à pas (avec affichage du clavier à l’écran et « grid edit » à la Roland). Toutes les fonctions des séquenceurs dignes de ce nom sont là, telles que récupération d’un pattern, d’un groove, édition microscopique des notes, des contrôleurs, RPN, NRPN et Sysex. Enfin, un mode keymap permet d’affecter des patterns (ou des pistes) sur chaque note du clavier pour les déclencher en temps réel, comme sur une Groovebox, mais sur une seule mémoire. Rigolo ! Seuls plats au goût amer, une unique song peut résider en mémoire et les données sont volatiles (effacées à l’extinction des feux), ce qui est très regrettable. Ceci dit, le reste est excellent, comme quoi les plats préparés ont fait beaucoup de progrès ! 

Rayon sport

Pour se muscler sérieusement, l’EX5R dispose de nombreuses possibilités d’extension. Si trois trappes apparaissent sur la face arrière, d’autres possibilités se cachent sous le capot. C’est le cas des 2 slots DRam pour barrettes Simm 72 broches (jusqu’à 2 x 32 Mo) qui jouxtent 2 autres slots pour FlashRam EXFLM1 (2 x 4 Mo), chacune s’installant par paire.

Yamaha EX5R

Côté externe maintenant, 3 interfaces différentes peuvent être installées dans les EX. L’EXID01 est une carte de sorties individuelles  analogiques disposant de 4 prises jack 6,35. L’EXDG01 est une carte numérique dotée d’une sortie numérique XLR au format AES/EBU et d’un connecteur d’entrée Word Clock pour une synchronisation audio numérique optimale. Le hic, c’est qu’un seul espace n'est disponible, donc encore une fois, Yamaha nous force à faire un choix cornélien. Pas très sport ! Enfin, la carte SCSI ouvre les EX à l’univers des périphériques externes, disques durs, lecteurs de CD-Rom et amovibles tels que Zip ou Jaz. Leur gestion se fera comme n’importe quelle disquette. Le mieux dans tout cela est que le constructeur autorise le propriétaire à effectuer lui-même l’opération, explications à l’appui détaillées dans le manuel, sans que la garantie ne devienne caduque. Un must qu’apprécieront les heureux propriétaires d’un EX5 de 1,30 mètres et 20 Kg. La dernière trappe sur le panneau arrière est beaucoup plus large et n’est pas mentionnée dans le manuel. En fait, il s’agit d’un emplacement pour future interface numérique en cours de développement de type FireWire, la même qui équipe les récents magnétoscopes numériques DV et certains Mac. En fait, il s’agit d’un protocole d’échange de données numériques ultra rapide initié par Apple auquel participent, entre autres, Apple, Microsoft... et Yamaha, tiens donc ! 

Rayon conserves

Pour conserver séquences et programmes, les EX sont équipés, de base, d’un lecteur de disquettes 3,5 pouces HD ou DD. Neuf types de données peuvent être manipulés : le système global, les programmes, les performances, les ondes, les échantillons, la song, les patterns, les arpèges et le keymap. En parallèle, huit types de regroupements de données peuvent être gérés, chacun ayant son extension : « all data » (no comment), « synth all » (système + programmes + performances), programmes seuls, ondes + échantillons, SMF, song, patterns et arpèges. A noter que les fichiers autres que « all data », SMF et « song » autorisent le chargement d’éléments individuels, alors que les sauvegardes se font hélas toujours en bloc quel que soit le type de données. De plus, il n’y a pas de sélection multiple comme sur un K2000, mais on trouve tout de même une hiérarchisation par arborescence. Ouf ! Les EX sont capables de reconnaître les formats SMF 0 et 1 et de lire instantanément un fichier SMF 0 directement depuis le disque, sans charger la séquence. Astucieux, le fait de dénommer un fichier «autoload » permet son chargement automatique à l’allumage de la machine. Mais les grosses lacunes de la gestion disque sont d’une part l’impossibilité d’effectuer des sauvegardes sur disquettes multiples, d’autre part l’extrême lenteur du lecteur et enfin, le fait que les chargements écrasent sans pitié la mémoire interne. Dommage qu’il n’existe aucune fonction de remplissage automatique des rayons vides ! 

Passage en caisse

Voilà, toutes les courses sont sur le tapis roulant et le ticket de caisse ne va pas tarder. Incontestablement l’EX5R est une machine réussie qui invite à l’expérimentation, tant par son système d’exploitation extrêmement convivial que par ses possibilités de synthèses combinables. De plus, la banque sonore est d’une grande variété et d’excellente qualité, avec des perles rares et inédites. Enfin, la machine peut être étendue, ce qui ne gâche rien.

Ce qui irrite par contre, c’est la nécessité de déclencher une touche à chaque fois que l’on souhaite entendre le résultat d’une modification de paramètre. Quant au syndrome « « DSP Full », ce n’est pas à notre sens un véritable défaut, nous sommes des grands garçons et nous savons bien que les limites technologiques sont là pour être repoussées tôt ou tard. Par contre, impossible de ne pas regretter les 16 petites voix de polyphonie en FDSP et les 2 voix maximum en AN. A vrai dire, on dispose de possibilités infinies mais de ressources limitées, comme si on avait à disposition tous les produits imaginables mais un seul caddie à remplir... un peu comme dans un hypermarché. Un jour, le successeur des EX affichera sans doute 64 voix FDSP, 16 voix AN et 8 voix VL. Mais d’ici là, gageons que l’EX5R, véritable best of de 15 ans de technologie Yamaha, aura fait bien des heureux et une fois de plus repoussé les limites de la création sonore. Définitivement un produit à mettre sur sa liste de courses !

Points forts

  • Quintuple synthèse
  • Qualité sonore
  • Originalité
  • Rapport qualité / prix
  • Polyphonie 126 voix AWM
  • Ecran / éditeur graphique
  • Compatibilité des samples
  • Multi-effets
  • Matrice de contrôleurs
  • Extensions

Points faibles

  • Edition « en différé »
  • Peu de paramètres de sampling
  • Pas d’accès aux paramètres VL
  • Saturation des DSP en multi
  • Polyphonie 2 voix AN
  • Mémoire volatile du séquenceur