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Avis utilisateur

Super JX : Le cousin oublié du Jupiter - Avis Roland JX-10 SuperJX

Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Les utilisateurs avertis
Le JX10 est une superbe machine analogique largement sous estimée. il faut dire que ce vilain petit canard est mal né. Sorti dans la précipitation pour contrer le raz de marée DX7, Le vaisseau amiral de la gamme Roland est arrivé au plus mauvais moment. Les gros sons analogiques étaient provisoirement démodés par les sons FM plus "réalistes" capable d'imiter vaguement une flute ou un banjo. Conséquence : la plupart des presets et banks du JX s'évertuaient lamentablement à reproduire les cloches et les pianos électriques du DX7. Sa belle interface numérique, si futuriste pour l'époque, a rendu le JX difficile à programmer pour les néophytes qui n'étaient pas équipés de son interface de programmation PG800. Quant à son implémentation midi, defectueuse, elle a visiblement été codée avec une pelle. Bref, le successeur désigné du Jupiter 8 s'est retrouvé avec un costard un peu trop grand à remplir. Une malédiction en appelant généralement une autre, sa sortie a aussi coincidé avec la fin des gros dinosaures analogiques. Très vite éclipsé par le mythique D50, le JX10 est tombée dans l'oubli. Dommage, il avait tellement de potentiel...

Contre toute attente, le JX10 s'est finalement transformé et bonifié avec le temps. Le vilain petit canard avec ces coin-coins FM maladroits s'est transformé en un somptueux cygne analogique bien timbré et bitimbral. Ses 12 voix de polyphonie lui assurent une puissance de feu rarement atteinte sur un synthé analo. Quant à ses défauts de jeunesse, ils ont été miraculeusement réparés en 2013 par le firmware de M. Frédéric Vecoven.

Utilisation

Au premier contact, la machine est belle, metallique, et lourde. Son écran à
tube fluorescent est là pour rappeler qu'avec sa robe grise, ce synthé nous vient tout droit des années 80 à la manière d'une De Lorean . Son interface de programmation numérique est austère, tout comme son imposant clavier de 76 notes. Il se dégage de cet instrument monolithique quelque chose d'assez luxueux. Le JX a probablement été pensé comme une machine de studio, avec un prix le réservant de fait a des musiciens professionnels. De toutes façon le concept de home studio n'en était qu'à ses balbutiements. Le clavier de 6 octaves souligne encore cette orientation professionnelle. N'oublions pas qu'à l'époque la plupart des joueurs de synthés sont aussi des pianistes, et le clavier de ce JX est une vraie bonne surprise. Je ne vais pas y aller par 4 chemins, ce clavier aux touches lestées est le meilleur que j'ai jamais essayé (sur la trentaine de synthés que j'ai possédés). Je le trouve largement meilleur que le fatar haut de gamme de mes access virus, et au final très semblable à celui du D50. J'adore son équilibre et son rebond. Il réagit à la velocité et l'aftertouch, sur un synthé analogique, c'est un luxe dont j'aurais maintenant du mal à me passer tant elle permet des nuances dans le jeu et la programmation.

Côté interface, c'est simple et austère, mais il n'y a pas de sous-menu alors tout va assez vite. Chaque paramètre du son est rappelable instantanément via un code à 2 chiffres à taper sur le pavé numérique. Le paramètre lui même sera modifié avec l'alpha dial sorte d'énorme roue codeuse. En fait c'est assez facile et rapide à programmer pour quelqu'un qui connait la synthèse soustractive analogique car on mémorise assez rapidement le code de chaque paramètre. Programmer un son implique de savoir à l'avance quel paramètres on souhaite modifier. Bref il faut réfléchir au résultat recherché et savoir comment l'obtenir, mais l'absence de potards ou de faders ne doit pas effrayer un utilisateur averti. Alternativement, il existe un programmeur dédié : Le Roland PG800. Cette petite boîte possède un fader par fonction et permet de paramétrer le JX tactilement tout comme ses illustres prédécesseurs analogiques mieux lotis en commandes directes.

Pour ma part j'ai opté pour un PG800 virtuel sur ipad le iPG800. Cette application permet de programmer le JX10 en temps réel avec la même facilité que le PG800. Il présente un avantage énorme : La position de ses faders virtuels se rafraichit à chaque changement de patch. Un peu comme avec le Nordlead 3 , on peut voir en un clin d'oeil la programmation et les caractéristiques d'un son. Idéal pour faire du "reverse engineering" sur nos patches préférés. Avec une interface midi bluetooth, je me paie le luxe de programmer le JX10 sans fil avec un ipad. Magique...

https://apps.apple.com/us/app/ipg-800/id542179981

Posséder un JX10 en 2019 implique pour moi de changer l'EPROM et le faire fonctionner avec le firmware de Frederic VECOVEN.

https://www.vecoven.com/superjx/superjx.html

Ce nouveau firmware répare l'implémentation midi désastreuse des débuts. Tous les paramètres du JX répondent désormais aux sysex. Un arpégiateur synchronisable en midi a été rajouté, et si comme moi vous êtes à l'étroit avec les 50 emplacements mémoire d'origines, la nouvelle éprom peut acueillir en option 16 ou 32 banks ram. 800 ou 1600 slots pour stocker vos propres sons sur un analo des années 80 je trouve ça assez bluffant.
Par ailleurs, ce nouveau firmware assure en version 3.22 l'import de sysex de JX8P (le petit frère monotimbral à 5 octaves) mais aussi de sa version VST le génialissime et gratuit PG8x. Avec le PG8x, vous pouvez tranquillement programmer vos sons et banks de JX sur le laptop du boulot et les exporter en sysex dans une des banks du JX10... La modélisation du JX8p est quasi parfaite.

https://sites.google.com/site/mlvst0/

Sonorités

Nous entrons là dans un territoire totalement subjectif, ce que j'ai à en dire n'engage que mon avis mes goûts et mes oreilles. Comme je l'ai dit en préambule, le super JX a souffert de banks bourrées de pianos electriques et autres glockenspiel dans l'espoir d'aller taquiner le DX7 sur son terrain de predilection. Pour ma part, je trouve que cette émulation de sons typé FM est assez convaincante et même plutôt surprenante pour un synthé analo mais je dois avouer que je n'ai jamais aimé la synthèse FM et les sons qu'elle produit. Un synthé sans filtre résonnant tient pour moi de l'hérésie. Non, vraiment... oubliez tout de suite les banks de sons gratuites et foireuses que l'on trouve sur le net. Le plus simple pour repartir sur de bonnes bases et de mettre la main à la poche et acheter les quelques banks contemporaines qui existent pour le JX8p et le PG8x. (attention il faut le Vecoven 3.22 pour importer ces sons en sysex)
j'en ai trouvé 3 digne de ce nom :

Espen Kraft
https://thepatchbay.co.uk/product/espen-kraft-roland-jx-8p-jx-10-mks-70-pg-8x-32-retro-synthwave-presets/?description=true

Timecop
https://thepatchbay.co.uk/product/timecop1983-deckards-dream-pg8x-patchbank/?description=true

Analog Audio
https://www.youtube.com/watch?v=jfGtRxCwWiM

Avec ces 3 banks on remet les compteurs à zéro et on découvre le réel potentiel sonore de la série JX. Je vous conseille d'écouter les démos et vous faire votre propre avis sur le moteur de ce synthé dans sa version monotimbrale. Pour aller un peu plus loin, le mieux est d'essayer ces sons sur le freeware PG8X (lien plus haut)
Sinon, que dire... le son est typique du Roland analo des années 80, certes ce sont des DCO qui n'ont pas l'instabilité et la richesse des VCO mais je trouve que ça sonne magnifiquement bien. Et le chorus intégré compense beaucoup. Le JX 10 a la particularité assez rare d'être analogique ET bitimbral, on peut donc empiler 2 sons en split ou en layer tout en bénficiant d'une polyphonie de 6 notes encore confortable pour enchaîner des progressions d'accords. Les nappes qui sortent du JX10 en mode Dual sont à tomber par terre. Littéralement. Le JX10 peut aussi générer des basses à faire trembler les vitres. En mélangeant 2 sons différents qui réagissent chacun à leurs propres réglages de vélocité et d'aftertouch on arrive à des nuances de jeu incroyable sur un vieux synthé analogique. A ma connaissance, les seuls synthés analogiques bitimbraux de l'époque étaient le Jupiter 8, le Prophet 10 et le Matrix 12. Excusez du peu, le club est assez "select". Certains crieront à l'hérésie ou au blasphème. Ils peuvent se rassembler sous ma fenêtre avec leur fourche et leur torche, mais pour moi le JX10 joue dans la même catégorie. Il n'a pas le prestige et la sonorité magique d'un Jupiter 8, mais c'est un cousin avec un ADN commun et un son bien à lui.

Dans cette vidéo la parenté sonore est évidente entre le JX8p et le Jupiter 8 , pour rappel, le JX10 est un double JX8p à 6 octaves.

https://www.youtube.com/watch?v=r-6csUzlqR4

Le JX10 a ses défauts : un filtre plus difficile à régler, pas de PWM et des enveloppes un peu lentes en attaque, mais il a aussi ses avantages tels que la vélocité et l'aftertouch qui le rendent intouchable pour certains sons. Pour ceux qui ne jurent que par le PWM, (sachez que Fred Vecoven commercialise aussi un kit qui rajoute des enveloppes, des LFO et le fameux PWM, mais il faut maîtriser le fer à souder et ajouter 2 cartes filles en plus du changement de toutes les eprom).

Avis global

Vous l'avez compris je suis complètement conquis par le JX10, je le suis d'autant plus que c'est un synthé analogique méconnu qui sonne pour moi incroyablement bien. Son clavier rend l'instrument très agréable à jouer. La magie du firmware de F.Vecoven a réparé tous ses défauts de jeunesse tout en le rendant parfaitement adapté à une utilisation contemporaine (programmation sans fil avec un ipad, reception des sysex, RAM de 16 ou 32 banks, arpegiateur synchronisé en midi) C'est une machine robuste mais à l'instar de tous les vieux Roland il faut être prêt à passer un peu de temps à nettoyer les contacts des touches ou le cas échéant être capable de ressouder quelques tact switches. Seul le magnifique écran à tube à une certaine réputation de fragilité. son remplacement est plus compliqué mais il existe au pire quelques solutions à base de LCD. Comme tous les hybrides analogiques à commandes numériques Roland (JX, alpha Juno) Ils reviennent un peu sur le devant de la scène grace notamment à quelques youtubers qui apprécient leurs sonorités classiques (Kebu, Espen Kraft, Timecop, Synthmania par ex.). Leurs côtes en occasion sont encore très raisonables et permettent aux musiciens de redécouvrir ces machines sans rentrer dans les délires spéculatifs de la génération précédente d'analo.
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