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Avis utilisateur

Un clavier profond avec les profonds, superficiel avec les superficiels - Avis Yamaha MOXF8

Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Tout public
Je vais certainement oublier des aspects, je rédige cet avis par fatigue de lire autant de choses si désagréables au sujet de mon clavier favori. Ce n'est pas le meilleur de mes claviers, mais c'est celui qui concentre le plus de choses en un seul espace de travail. Et ces choses désagréables me semblent émaner d'usagers qui n'ont pas tout à fait la même approche de la musique que propose cette machine, ou bien qui n'ont pas fait l'effort de chercher dans le manuel où se trouvaient certaines fonctions. Rien de personnel envers personne, il s'agit d'un avis sur le MOXF8!

J'ai acheté le MOXF8 pour faire office d'un second set plus léger et transportable, y jouer du piano dans des conditions acceptables tout en ayant la possibilité de composer rapidement des petites démos, accompagner des sessions d'improvisation de façon souple et immédiate, m'amuser et bricoler de façon autonome.

Il remplit parfaitement tous ces usages, et je n'ose pas imaginer tout ce qu'il me permettra de faire avec mes autres synthés lorsque je le descendrai au studio!

Le clavier lesté et gradué, même s'il n'est que l'entrée de gamme de Yamaha, est une bonne surprise pour moi qui suis habitué à un piano silent pourtant, surtout que les deux pianos d'origine sont très corrects et même très musicaux (le S6 est un régal intimiste notamment!) J'avais quelques craintes de me trouver avec un clavier un pataud et des sons de pianos à peine capables de servir dans des compos, mais non, le clavier est facile à jouer et assez rapide, il n'a pas de défaut pianistiques majeurs, et les sons sont à la fois assez profonds et chantants pour inspirer la musique! Bien sûr j'ai de meilleurs sons de piano ailleurs, à commencer par le piano acoustique, mais je me surprends souvent à m'installer au MOXF8 où il se trouve et à y jouer tout simplement.

J'ai aussi des pianos électriques au studio, le MOXF8 ne peut pas rivaliser, mais ces sons sont suffisants dans une composition, et les presets sont grandement améliorables. On peut aussi créer de nombreux hybrides du fait de l'accès à 8 oscillateurs par voice. Le truc le moins bon c'est peut-être le Clavinet, mais dans l'absolu, il est impossible jouer bien du Clavinet sur un autre clavier qu'un Clavinet, donc ce n'est pas grave du tout, et c'est même bien moins flippant que ces synthés avec un son de Clavinet parfait mais dont le clavier le rend proprement injouable : là au moins, on peut passer sans s'attarder!

L'ensemble des autres fonctions est très vaste évidemment, il y a d'abord par ordre d'importance à mon sens le séquenceur Yamaha que l'on ne présente plus, ou plutôt si : c'est le même depuis des années, il est d'une efficacité redoutable en proposant un mode song bien entendu mais surtout un mode pattern permettant les remixes et les performances en temps réel. Chaque pattern est composé de 16 séquences (jusqu'à 256 mesures chaque tout de même!) chacune sur 16 pistes, que l'on lance grâce aux 16 boutons patches. Cela permet de composer dans chaque section d'un pattern, une partie d'un morceau, et de les composer en temps réel, de les remixer, et en mutant des pistes dans chaque sous-pattern (car on peut aussi bien entendu accéder au détail de chaque sous-pattern grâce à ces mêmes 16 boutons patches qui zooment alors sur les 16 pistes de la sous-section.) Yamaha est le seul à proposer cette matrice 16x16 dans son séquenceur, et son efficacité est redoutable et redoublée par un détail qui n'existe pas chez la concurrence : chaque piste, sur chaque sous-pattern, peut être animée par une séquence midi d'une longueur différente! Ainsi, inutile de devoir remplir toute la longueur du pattern de ce riff de basse par exemple, vous le jouer sur 2 mesures, et vous le faites tourner en boucle tandis que vous enregistrerez la partie piano sur autant de mesures que vous voudrez. Ce mode de travail permet de très vite mettre ses idées en forme, et il est aussi possible de revenir sur les parties plus faibles en rejouant, corrigeant via l'édition fine, ou en quantifiant, basculant vers le mode song, pattern list, etc.

Cette organisation du séquenceur est la clef pour comprendre l'intérêt de cette machine! Au passage, le séquenceur propose 226000 événements MIDI, je lis que certains ne trouvent pas cela assez, mas c'est une blague! 226000 événements MIDI, c'est plusieurs heures de musiques bien chargées avec des control changes à foison! C'est aussi une bonne heure de noodling plus ou moins complexe au piano en solo, si ce n'est pas assez, mais que demande le peuple?, ne peut-il pas allumer son Cubase? Et le transfert et sauvegarde de ces données sur une clef USB ne prend que quelques secondes si cela n'est pas assez pour la session... bref, les frustrés de la mémoire infinie auront beau dire, pour les autres, il faut bien s'en rendre compte, ce séquenceur est juste LE séquenceur matériel de référence, et il vous emporte aussi loin que vous savez aller! (il est d'ailleurs je crois le séquenceur matériel avec la plus grosse capacité d'événements MIDI de ceux qui se vendent aujourd'hui.)

Ensuite bien entendu les autres éléments, le vocodeur est tout à fait bienvenu et utilisable, la carte Flash un vrai plus pour la durabilité de ce clavier, surtout depuis que Mutec propose une carte 2Go abordable qui permet de charger un paquet de sons supplémentaires dans le MOXF, le MIDI+audio sur USB est très fonctionnel ainsi que l'intégration dans le monde informatique. La sauvegarde sur USB permet aussi de charger des fichiers MIDI dans le séquenceur et des fichiers audio dans la carte flash, tout cela est tout de même très bien pensé et incroyablement fonctionnel pour le travail au quotidien.

Le gros morceau après le séquenceur dans le MOXF ce sont les sons et les arpèges. La réserve de son est d'abord assez massive, tous les secteurs sont représentés et l'homogénéité de la qualité est manifeste. Au delà des pianos, on trouve tous les classiques, en quantité et en qualité. De plus dès que l'on se penche sur l'édition des sons, via l'éditeur logiciel ou même en façade, on se rend compte que bien que l'on ait affaire à un synthétiseur à base de forme d'ondes, la liste des formes d'onde est gigantesque (presque 4000, dont nombre sont des multisamples) et les modulations très complètes. Non pas 3 oscillateurs par voix comme chez Roland par exemple, mais 8, oui, chaque son peut être constitué de 8 formes d'ondes, chacune avec ses enveloppes, ses modulations, etc. La puissance brute est énorme de ce fait, et les formes d'onde sont assez fines cependant pour offrir des voix très détaillées et à l'expressivité subtile au jeu.

Si le MOXF est le paradis des presets en un sens il n'est pas tout à fait le paradis de la synthèse, mais son antichambre : on ne voit pas bien quel type de son il ne serait pas possible de recréer avec un tel moteur! Bien sûr ce ne sera jamais de l'analogique ou de la FM réels, mais dans la plupart des cas on aura la saveur des synthèses approchées par le MOXF, et ainsi cette workstation, avec son séquenceur comme il n'y a vraiment pas d'équivalent, sert de base de lancement de toute idée musicale, et les capacités de projeter du midi vers l'extérieur, sur chaque piste, chaque arpège, chaque zone du clavier, laisse imaginer toutes les extensions possibles vers d'autres synthés (mais quoi! il n'y a pas de sorties CV sur le MOXF, et je sens que certains lui retireraient toues ces étoiles pour cela seulement!...)

Les arpèges, presque 8000 riffs musicaux à la disposition de l'imagination, pour animer les performances, les patterns, les songs, ou même les voix simples, sont toutes très classiques, au lieu de devoir les rejouer chaque fois, on les pioche au besoin pour se concentrer sur la composition elle-même : autant il m'importe de jouer les parties de solo moi-même, autant pour que la basse sonne juste, je n'y accorde pas d'importance, et si en plus je peux mettre cette basse en route aussi simplement qu'en choisissant un son et une arpèges, alors je gagne du temps, c'est à dire que j'avance vers la complétion d'un pattern qu'il me sera ensuite loisible de performer, remixer, interpréter en temps réel. Mais sans aller jusque là, si vous devez monter un plan funk pour votre poteau musique qui vient à 16H avec sa guitare, vous n'avez pas besoin de vous y mettre le matin à 9H, et en trois tours de molette vous y êtes!

Il y a des mémoires pour les setups les plus courants et des masters qui prennent en charge le fait que souvent, on utilise cette machine dans divers contextes ou avec divers autres matériels MIDI, pas besoin de réinventer la roue à chaque fois, il suffit de reprendre le quick setup ou le master correspondant. Une fois ces configs crées et sauvegardées, pas de temps perdu avec ces aspects techniques, de ce point de vue le MOXF offre une sacrée palette de raccourcis pour éviter de se prendre la tête, mais encore faut-il lire la notice au moins une fois, comme pour tout appareil de cette complexité relative, et ainsi encore une fois de nombreux griefs à ce sujet sont semble-t-il le fait d'usagers n'ayant pas réalisé cette part du travail leur revenant..

Les performances sonnent trop electro? Pas assez electro? Trop pouet-pouet? Pas assez pouet-pouet? Il y en a 256, elles sont toutes réinscriptibles : c'est une erreur d'y voir une sorte de fonction accompagnement d'orgue comme on lit encore dans des commentaires un peu marris de ne savoir trouver qu'en faire. En réalité, ces performances ressemblent bien plutôt à des démos de Yamaha pour inciter à se créer les siennes propres avec les 8000 arpèges en mémoire ou bien avec les arpèges utilisateurs, autant dire, là encore, le MOXF8 est un outil aussi profond que vous êtes un musicien profond.

J'ai tout de même aussi quelques avis sur des points un brin pénibles, pas d'édition de la carte flash sans le logiciel de John Mêlas, pas d'aftertouch (mais sur un clavier 88 touches, est-ce bien nécessaire?), les pas audibles sur l'édition des paramètres (mais en modulation les paramètres sont transmis sans pas audibles donc on peut tout à fait accéder au filtre et à la résonance de façon normale via la mod wheel et la pédale d'expression par exemple.) La coque craque un peu lors du transport, mais la sensation de fermeté du clavier n'est pas remise en cause pour autant. Le processeur est certainement plus rapide que sur les premières machines équipées de ce séquenceur, mais certaines fonctions job sont toujours un peu lentes. La doc complète et exhaustive de plus de 300 pages qu'il faut imprimer ou bien lire sur l'écran en se contentant de la notice de 70 pages pour démarrer. L'adaptateur secteur un peu fragile (mais remplaçable). Des points mineurs à mon sens compte tenu de la palanquée d'appareil que le MOXF mettrait à la retraite!

J'espère que Yamaha va continuer à frustrer les frustrés et à contenter les musiciens contents d'avoir sous la main de tels outils si complets et si performants, tout en restant très abordables (et encore plus aux prix auxquels on les trouve à présent d'occasion!) Le MOXF8 est certainement une workstation capable de (presque) tout faire, pas étonnant que l'on se surprenne à entendre son grand frère le Motif XF partout, à la radio, à la télé, tant il est, tout comme le MOXF, un instrument talentueux!