Comment apprendre à mixer ? (2e partie)

Le guide du mixage — 141e partie

La semaine dernière, nous avons vu les exercices de base qu’il est bon de pratiquer afin de commencer l’apprentissage de l’art ô combien difficile du mixage. Bien entendu, il ne s’agissait là que du premier acte. Avant de pouvoir vous lancer sereinement dans le mix de vos propres chefs-d’œuvre, il y a au moins deux autres formes d’exercices sur lesquels il vous faudra vous pencher avec le plus grand sérieux…

Je me souviens parfaitement des premiers morceaux que j’ai appris à jouer lorsque j’ai touché ma première guitare au milieu des années 90. Bien que fan absolu de feu Jeff Buckley, mes doigts n’étaient absolument pas capables de se lancer à l’assaut de l’intro de « Grace » et j’ai dû me contenter pendant un temps du « Zombie » des Cranberries ou bien encore de l’arpège de « Don't cry » des Guns N’ Roses. De plus, j’avais déjà à l’époque des idées de compositions bien alambiquées. Mais encore une fois, j’ai dû faire mes armes sur des morceaux beaucoup plus « simples », largement inspirés de « classiques », avant de pouvoir sortir avec exactitude les accords tarabiscotés qui trottaient dans ma petite caboche.

Mais quel est donc le rapport avec le Schmilblick ? Eh bien, absolument tout mon capitaine, car pour arriver à sortir les visions de mixages que vous avez en tête, il convient de suivre le même cheminement, à une vache près…

Depuis toujours, l’imitation au sens noble du terme est l’une des meilleures formes d’apprentissage qui soit. Ainsi, l’aspirant guitariste que j’étais s’est d’abord fait la main sur des reprises.

Jeff Buckley PS1 Photo Credit Kevin Westenberg 1200

En matière de mixage, la démarche de l’apprenti ingénieur du son se doit d’être similaire, même si cela est moins évident de prime abord. L’idéal serait d’avoir accès aux pistes brutes de morceaux connus afin de pouvoir tenter d’obtenir un mixage au plus proche de l’original. Cependant, même s’il est possible de dénicher sur la toile quelques « stems » de monuments tels que le « Moonage Daydream » de Bowie, l’offre est plus que maigrichonne, sans parler de la qualité sonore assez limitée des fichiers sources.

Heureusement, il existe des sites internet donnant accès aux versions multipistes de titres peu ou pas connus, mais dont le mix est plus qu’honorable, et ce, dans tous les styles musicaux. Je ne citerai pas ici les offres commerciales du genre, une simple recherche sur le web vous en indiquera certainement plus qu’il n’en faut ; en revanche, je vous invite à jeter un œil ici. Ce site regroupe un nombre impressionnant de morceaux disponibles gratuitement, vous y trouverez certainement votre bonheur pour commencer, quelle que soit votre esthétique musicale de prédilection.

Notez qu’à l’instar du guitariste néophyte qui passe d’une reprise à l’autre en augmentant petit à petit la difficulté, il vaut mieux aborder cet exercice d’imitation de mix de façon progressive. Pour être plus clair, ne vous lancez pas d’entrée de jeu sur le travail d’un titre comportant 99 pistes audio. Privilégiez en premier lieu l’étude du mixage de morceaux « simples » et lorsque vous vous sentirez plus à votre aise, il sera toujours temps d’enchainer sur quelque chose de plus cossu.

Une fois que vous serez rompu à l’exercice, le troisième acte de votre apprentissage devrait une fois de plus s’articuler autour d’une démarche analogue à celle du jeune guitariste que j’étais. Plutôt que de vous frotter directement au mixage de votre futur chef-d’œuvre, dont l’originalité débridée hante vos nuits et qui devrait sans aucun doute révolutionner l’univers musical actuel, préférez travailler dans un premier temps sur vos compos plus « conventionnelles » en n’hésitant surtout pas à vous inspirer de la pâte sonore de grands classiques. En procédant ainsi, vous développerez petit à petit votre « instinct phonique » qui vous permettra à moyen terme d’extirper les plus beaux bruits naviguant entre vos deux oreilles !

Sur ce, je vous donne rendez-vous la semaine prochaine pour la troisième et dernière partie de ce chapitre consacré à l’apprentissage.