L’effet « glue » avec la réverbe

Le guide du mixage — 80e partie

Aujourd’hui, nous allons nous intéresser au sixième bus de ma configuration de travail avec les réverbérations.

Comme je vous l’ai déjà dit précédemment, ce dernier est censé produire un effet « glue ». Pour être plus clair, l’envoi à plus ou moins forte dose de chacune des pistes du morceau vers ce bus doit produire un rendu sonore global du titre plus cohérent.

Oui, mais non…

Avant de commencer, je tiens à vous signaler qu’à titre personnel, je n’utilise que très rarement ce bus. En effet, la plupart du temps, j’obtiens cette fameuse cohésion sonore entre les divers éléments d’une façon différente : soit par la création d’une sensation d’espace sonore réaliste que nous verrons dans le prochain épisode, soit via d’autres techniques que nous étudierons ultérieurement. Cela étant dit, si malgré ça je ne suis pas encore tout à fait convaincu du « liant » existant entre mes pistes, je fais alors appel à ce bus histoire d’arranger la sauce.

Musique d’ambiance

Si vous êtes un tant soit peu attentif, vous devez vous souvenir qu’à l’occasion de la description des différents algorithmes de réverbération, j’avais évoqué le candidat idéal pour ce genre de tâche. Quelqu’un peut-il me dire de qui il s’agit ? Non, vraiment personne ? Votre assiduité laisse à désirer les amis… Enfin bref, je parle bien sûr des algorithmes du type « Ambience ». En effet, ces derniers n’ont pas leur pareil lorsqu’il s’agit de suggérer l’ambiance sonore d’une pièce, et donc la cohésion qui en découle, sans pour autant impartir une quelconque sensation de placement spatial. Ainsi, je vous conseille donc fortement de piocher dans cette famille de réverbération afin d’obtenir l’effet « glue » sans avoir à vous soucier des éventuelles « interférences spatiales » avec les trois derniers bus.

Informatique musicale

En ce qui concerne le choix du préset au sein de cette famille, il faut bien entendu qu’il soit en adéquation avec l’aspect émotionnel que le morceau est censé véhiculer. Nous avons déjà suffisamment discuté de la chose pour que vous puissiez effectuer ce choix convenablement. 

Pour le temps de pré-délai, le préset choisi devrait normalement faire la blague, mais n’hésitez pas à le modifier si vous constatez que la réverbe a tendance à trop modifier la profondeur du mix.

Comme d’habitude, le decay devra être réglé en fonction du tempo du morceau. Pour une action ultra transparente, de l’ordre de la sensation subtile et non de l’effet de style, descendez cette valeur au plus bas, mais toujours en respectant le groove. Travaillez ensuite le rendu spectral de cette réverbe de façon à ce qu’elle soit des plus discrètes et n’entre jamais en conflit avec l’un ou l’autre des instruments.

Enfin, pour le dosage de l’envoi de chacun des éléments vers ce bus « glue », j’utilise une technique un peu particulière en deux étapes. Tout d’abord, je mets ce bus en solo afin de n’entendre que les signaux réverbérés. J’ajuste alors l’envoi de chacune des pistes vers le bus de façon à obtenir peu ou prou une sorte de « reflet » légèrement flou de mon puzzle sonore tel que je le conçois depuis le début du mixage. Puis, dans un deuxième temps, j’enlève le solo afin d’entendre l’ensemble du mix, je baisse complètement le fader du bus « glue » et je le remonte petit à petit. Dès que j’entends distinctement la réverbération, je m’arrête et recule légèrement le fader. Le résultat est alors normalement d’une transparence exemplaire : lorsque le bus est actif, rien ne se remarque, en revanche, lorsque je le coupe, son absence doit cruellement se faire sentir. Si vous parvenez à ce résultat, c’est que vous avez bien fait votre boulot et que vous pouvez passer sereinement à l’étape suivante. Mais nous verrons ça la semaine prochaine !