Se sensibiliser à la distorsion harmonique

Le guide du mixage — 94e partie

Cette semaine, nous allons continuer notre exploration de la distorsion harmonique.


Where is my mind ?

Comme je l’ai déjà évoqué lors de l’épisode précédent, dans le monde analogique, la distorsion harmonique provient du transit du signal audio via un périphérique hardware quel qu’il soit. Même si l’on reste dans les clous des recommandations en regard des niveaux pour un fonctionnement optimum de la bête et même s’il n’y a aucun traitement à proprement parler (pas de compression, pas d’égalisation, etc.), il y aura toujours un ajout, même infime, de saturation. Pour jouer avec le dosage de cet ajout, il suffit de plus ou moins surcharger l’étage d’entrée de la machine afin de le faire saturer. La coloration induite dépend d’énormément de facteurs : machine à lampes ou à transistors, qualité des composants, etc. Inutile de s’appesantir sur la question, nous verrons tout à l’heure comment mieux appréhender cette coloration.

Et dans le monde virtuel, comment obtient-on le même effet ? Pendant bien longtemps, il faut bien avouer que les solutions disponibles n’étaient que des pis-aller faisant bien pâle figure face au mythique monde analogique. Cependant, ces dernières années, cet état de fait a considérablement pris du plomb dans l’aile grâce à la montée en puissance des processeurs ainsi qu’au talent de certains développeurs. Ainsi, il existe aujourd’hui des plug-ins reproduisant des machines hardware de légendes tout à fait capables de simuler de façon convaincante cet ajout de distorsion harmonique. Et comment joue-t-on avec le dosage de cette saturation ? Tout simplement de manière analogue à la méthode du « monde réel », en surchargeant l’étage d’entrée de ces plug-ins.

Disto Harmonique

Seulement voilà, tout ça c’est bien joli, mais comment fait-on pour apprécier la qualité de la distorsion harmonique d’un plug-in ? Question épineuse en effet, d’autant que le débutant a naturellement du mal à saisir avec finesse ce phénomène, ce qui le pousse forcément à en abuser au détriment de la musicalité du rendu final. Heureusement, il existe une méthode qui vous permettra de vous familiariser avec cette notion de distorsion harmonique tout en mettant en avant la couleur apportée par tel ou tel plug-in !

Sensibilisation

Pour juger de l’apport d’un plug-in modélisant un appareil analogique sur n’importe quel type de signal audio, il suffit d’appliquer la méthode suivante. Commencez par dupliquer la piste à traiter. Insérez alors sur l’une des pistes le plug-in à passer sur le grill. Attention, n’appliquez absolument aucun traitement en soi ! Il ne s’agit pas ici d’apprécier la capacité de traitement du plug-in (compression, égalisation, ou autre), nous souhaitons juste saisir la production de distorsion harmonique. Maintenant, ajustez le fader de volume des pistes de façon à ce que le volume perçu soit identique pour chacune d’entre elles. Inversez alors la polarité de l’une des pistes, et voilà ! Si tout va bien, vous devriez essentiellement entendre la distorsion harmonique induite par le plug-in. Vous avez encore du mal à saisir la chose ? Poussez donc le gain en entrée du plug-in afin d’augmenter la quantité de distorsion, mais pensez bien à rééquilibrer les volumes perçus.

Cette méthode a deux avantages. Tout d’abord, elle sensibilise vos oreilles à la notion de distorsion harmonique. De plus, elle permet de mieux ressentir la coloration que le plug-in apporte à votre signal. Elle n’est pas belle la vie ?

Dans le prochain épisode, nous verrons comment mettre en pratique les enseignements d’aujourd’hui.