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Avis utilisateur

Le milieu de gamme DSI gonflé aux options - Avis Dave Smith Instruments Prophet REV2 16 voix

Rapport qualité/prix : Excellent Cible : Les utilisateurs avertis
Prophet rev 2

Mise à jour du tant décrié puis timidement réhabilité Prophet ‘08, le Rev2 est un synthé passionnant avec d’ennuyeux défauts.

Je l’ai reçu en échange de mon Juno 60, sans regret aucun : ce dernier avait un velouté superbe, mais j’en tirais invariablement les même sons clichés, et il était incapable de la moindre aggressivité. Le Graal pour certains, pas pour moi. Le REV2 est aujourd’hui mon seul poly analo.

Les features sont très généreuses pour un analogique de ce prix (16 voix, bitimbral, une belle matrice de modulation, deux séquenceurs, section d’effets...), mais les finitions logicielles sont un peu grossières. Le synthé a un indéniable petit côté bâclé, même si cela tend à s’arranger avec les firmwares.

Les +

- le look, assez classieux malgré l’horrible signature Dave Smith. Si vous avez un modèle plus récent vous aurez le logo Sequential à la place. Lucky you !

- la qualité de fabrication qui semble bonne. RDV après quelques années de tournée pour être fixé.

- le son, qui a un caractère bien à lui, assez dur à décrire : élégant, ample et mouvant, métallique parfois, ce qui n’est pas forcément une mauvaise chose. Gras si l’on sait s’en servir. Étant peu ou prou la même machine que le Prophet ‘08, qui est devenu un vrai classique moderne de l’analo, le REV2 se prête à beaucoup de styles actuels (R’N’B, jazz soul moderne etc...).

- le clavier, vraiment excellent, avec une aftertouch très « naturelle » (si je compare aux Clavia par exemple). Très expressif, en combinaison avec les diverses destinations de la vélocité.

- Le gated séquenceur qui est zinzin une fois qu’on se penche dessus, bien que certains bugs persistent.

- le sequenceur polyphonique, limité mais pratique pour tester des idées, tweaker ou lancer des boucles en live.

- Les DCO, leur présence sonore et la variété de timbres que l’on peut en tirer. Ça n’a l’air de rien, mais le shaping sur toutes le formes d’ondes (dont un chouette Saw/Tri) permet beaucoup de choses. C’est un synthé très polyvalent, contrairement à tout ce qu’on a pu lire et voir ça et là. Avec un peu d’entraînement vous pourrez lui faire cracher à peu près tout le repertoire canonique du genre analo, voire vaguement modulaire. Alors ça ne remplace pas des machines plus chères et spécialisées, mais en live ça le fait, sans sonner générique.
Beaucoup limitent le REV2 à de pompeuses nappes ambient gorgées de shimmer, c’est bien dommage.

- Le potard Audio Mod : cette FM rudimentaire permet à petite dose d’ajouter un caractère un peu granuleux (pas granulaire, hein) à un son ; à haute dose, en combinaison avec la résonance, de faire des glitches assez imprévisibles, ou des bells très cristallines. L’arme secrète du synthé, comme on dit sur gearslutz.

- la matrice de modulation et ses possibilités énormes, la facilité des assignations (en gros : maintenez un bouton, touchez un potard pour la destination).

- les effets comme destination de modulation. Alors c’est cool mais ça ne marche pas aussi bien que sur un Nord ou une workstation hein, la faute encore à ce DSP un peu cheap.

- l’Unison jusqu’à 16 voix (mono uniquement) pour faire tomber les murs de Jéricho.

- la bitimbralité, les tricks qu’elle permet (delay, chorus maison, reverb etc...), en plus d’éventuels pilotages externes.

- le VCA level (fonction cachée dans le menu, contrairement au ‘08) qui permet à une partie du signal de bypasser l’enveloppe et de faire des drones, entre autres choses.

- la gestion des tempéraments alternatifs, et outre les diverses intonations antiques et orientales, la possibilité d’importer les siens via Sysex : sur le forum de Sequential, vous pouvez en trouver un, le « 28 Equal Dic 5/1 », qui simule le léger détune à l’octave d’un piano. C’est relativement imperceptible, mais cela rend le son moins stérile, mieux que le potard SLOP. Très utile pour un polyphonique.

- la joie addictive de faire des patches dessus, de préparer son live, d’assigner la molette (ou le pitch bend) à quasiment tout ce qu’on veut etc... de détourner certaines fonctions pour arriver au résultat voulu. On s’amuse bien dessus, quoi.

- Qualité unaniment reconnue : il se place très bien dans un mix, en particulier grâce à ses beaux aïgus (il faut arrêter de demander aux analos de ne faire que des grosses basses). Presque hi-fi si on abuse du pan spread.

- un petit côté imprévisible (défaut pour certains), avec ses LFO qui freerunnent, ses humeurs...

Les -

- un filtre Curtis un peu raide dont on peut toutefois dire qu’il participe au caractère de la machine, son « grit ». Auto-oscillant bien (penser toutefois à le laisser un peu chauffer pour ontenir une sinusoïdale bien juste à l’octave).

- des enveloppes dont la courbe n’est pas évidente à appréhender (mais toutes bipolaires, avec delay et réglage de velocité en façade).

- les effets, moyens : le chorus, le ring modulator sont bien et les phasers/flangers sont ok ; pour les delays vous ferez mieux en DIY avec les LFO ; quant à la reverb, elle est assez médiocre et il faut doser son tone assez bas, sinon elle sonne très cheap et digitale. La distorsion numérique dosée très finement pourra vous aider à resserrer un peu l’EQ d’une basse, ou aller dans l’extrême digital si vous aimez ça.

- L’implémention MIDI : en Multimode (une adresse par layer), on ne peut pas choisir la seconde ! Réactions parfois curieuses des arps et sequences aux horloges externes. Un comble pour un synthé signé du co-inventeur de la norme.

- pas de mode panel

- les LFO sont « par voie », en roue libre et non globaux (en attendant un nouveau firmware), ils ne s’initialisent automatique qu’une fois par démarrage de la machine, donc sur des accords egrénés, ça peut faire bizarre. Il y a toutefois une astuce pour les réinitialiser : pour chaque LFO requis, passer en unison 16 voix, appuyer sur keystart, et presser une touche du clavier.

- une courbe de glide étrange, seulement effective dans le dernier quart de rotation du potard.

- l’emplacement de certaines options dans les menus, pas toujours logique.

- la gestion des deux layers fait qu’on s’emmêle souvent les pinceaux et qu’une note peut rester coincée si l’on passe de l’une à l’autre.

- Quelques bugs intempestifs (je pense que les seuls gros défauts de la machine sont d’ordre logiciel).

- le génial step sequenceur n’a plus de commande en façade comme au temps du Prophet ´08 : tout se fait laborieusement dans les menus ou via le soft (bien mais payant).

- la molette et le pitch bend un peu mous, manquant de résistance et de tension. Là, on n’a jamais fait mieux que les Nord Lead, et leur sensation géniale de jouer sur un vibrato de guitare.

- les potards de pitch des oscillos, bien trop sensibles, qui ne permettent pas de changer une octave d’un coup, ou même de régler facilement une hauteur.

Conclusion

Bref : essayez-le avant : ça a beau être le « Prophet du pauvre », il coûte quand même une jolie somme. Si le Prophet 6 est le pur sang, noble mais plus limité, plus classique, le Rev2 est le milieu de gamme gonflé aux options, qui montre les muscles mais n’a pas toujours les moyens de ses ambitions.

Pour ma part je l’aime beaucoup, il correspond à ce que je cherchais (bitimbralité, 5 octave, séquenceur etc ). Il réserve beaucoup de surprises si on ne le cantonne pas aux nappes à la Oberheim et aux arpèges kosmische. Et puis le son parle de lui même : c’est le même que le ´08, écoutez Marc Melià, et revenez me dire qu’il n’a « pas de caractère ».

Il devient intéressant d’occase, en 16 voix, autour de 1000-1200€. Mon ex Juno lui ne fait qu’augmenter, mais je m’en fous, je ne le regrette pas du tout !